Ce que j’ai découvert cette semaine

Deux articles de la semaine ? Et bien ... oui ! La semaine passée, pour mon anniversaire, je n'ai pas publié d'article mais j'avais commencé à écrire ce papier, alors le voici. Cet article va être rédigé comme l’article sur l’anthropomorphisme. Il ne s’agit pas d’une découverte ou d’un exposé mais d’une réflexion. J’espère que cela restera agréable.


25/05/2014 : Ignorer son chien, refuser le jeu ou le contact s’il l’initie

Ma démarche de travail se base sur une “intime conviction”. C’est à dire, j’apprends, je lis, j’observe, je réfléchis et je tente de me faire ma propre opinion, mon “intime conviction”. Une fois celle-ci forgée, je décide qu’elle est totalement erronée. Totalement. Je m’acharne à trouver des contres arguments, des contres exemples, j’essaye de la démonter pièce par pièce, d’en trouver les failles pour finalement l’abandonner totalement. Une fois ce travail, réellement pas évident, fourni, j’en tire des conclusions. Si j’ai pu démonter très facilement mon “intime conviction”, c’est qu’elle doit être erronée et je repars du départ. Je me reforge une nouvelle “intime conviction” que je soumet de nouveau à la pression des contre exemples et des réflexions. Je continue jusqu’à ne plus pouvoir démonter mon hypothèse, ni par l’observation, ni en discutant avec d’autres personnes ayant d’autres idées.

Ceci étant dit, je fais cet exercice compliqué très régulièrement sur des tas d’idées très différentes. La dernière fois en date où j’ai fourni cet effort de réflexion un peu plus poussé qu’à l’ordinaire, ce fut pour les punitions négatives.

Quotidiennement, j’emploie une méthode d’éducation basée sur du renforcement positif (r+) et des punitions négatives (p-). Le renforcement positif a pour but d’amener le chien à reproduire son comportement parce qu’il a quelque chose à y gagner (une valeur qui s’ajoute, un +). La punition négative a pour but d’amener le chien à ne plus reproduire un comportement pour éviter de perdre quelque chose, par exemple absence de récompense ou le retrait de l’attention que l’on porte au chien. Il s’agit d’une valeur perdue, un - .

Ma réflexion se portait sur la bien-traitance qui est un sujet qui m'intéresse tout particulièrement. Lorsque l’on emploie d’autres méthodes éducatives, telles que le renforcement négatif ou la punition positive, nous pouvons à mon humble avis sortir facilement des sentiers de la bien-traitance. Dans mon esprit, la bien-traitance ne s’oppose pas seulement à la maltraitance, mais également à tout un stade un peu indéfinissable se trouvant entre les deux. Je pense que la bien-traitance est un ensemble d’acte face auquel l'animal est bien physiquement et moralement. Bien entendu, au sein d’une action vétérinaire ou pour des raisons de sécurité, il est impossible que l’animal soit en permanence bien, porter un collier ou un harnais n’est pas forcément agréable pour un chien, ne pas pouvoir retrouver des congénères, supporter de petites ou grosses frustrations, … La vie n’est pas toute rose, mais il me semble qu’il est important de la rendre aussi douce et heureuse possible pour ses animaux.

Avec ce regard particulier, on peut dire que le renforcement positif rentre dans la bien-traitance. Le chien participe activement, de son plein grès, s’il en a marre ou n’est plus motivé, la méthode ne fonctionne plus.

Si nous observons le renforcement négatif, il fonctionne sur une autre base. Prenons un exemple, très loin de la maltraitance, frôler les reins du chien pour le faire s’asseoir. Le renforcement, ce qui fait que le chien va reproduire son action, se trouve au moment où le contact entre la main et le chien cesse (r-, le renforcement s’effectue à la perte de quelques choses). Nous avons donc une notion de soulagement qui implique que le contact n’est pas réellement bien vécu. Si je suis soulagée que quelqu’un ne me touche plus l’épaule, c’est que je n’étais pas bien à son contact. A la plus petite dose, le renforcement négatif, ne rentre pas dans ma perception personnelle de la bien-traitance. Je rappelle tout de même que le renforcement négatif peut aller très loin, avec par exemple des colliers avec des piques aiguisés rentrant dans le cou d’un chien lorsqu’il tire en laisse, pour le faire cesser.

Si maintenant je m’approche de la punition positive. La punition, par définition, sert à éteindre un comportement. Le chien doit ne pas avoir envie de la subir. Une nouvelle fois il est très difficile pour moi de l’observer comme étant de la bien-traitance. La punition positive est le fait d’ajouter quelques choses (p+, un ajout) pour faire cesser le comportement. A son plus petit niveau, il s’agit d’un “non”. A un niveau plus élevé, il s’agit d’un coup de cravache donné à un chien qui aboie.

Il nous reste à présent la punition négative. Il s’agit à nouveau d’une punition est d’une punition que j’emploie. J’ai dit, plus haut, que la punition servait à éteindre un comportement et donc que le chien ne doit pas l’apprécier. Ce n’est donc pas quelque chose qui rentre dans ma conception de la bien-traitance. Là où la réflexion va se pousser, c’est dans l’idée, vaut-il mieux utiliser une punition négative ou une punition positive ? Laquelle est la plus douce, tout en restant efficace, pour le chien ? Quels sont les limites à la punition négative ? Quels sont les intérêts de la punition positive ? Peut-on supprimer totalement la punition qu’elle soit positive (+) ou négative (-) ?

Tout d’abord, je vais essayer de vous faire un petit rappel pour que les termes P+ et P- soit un peu moins difficile à appréhender.

Punition positive

un +
un ajout indésirable
un gain indésirable
exemple : ajouter “NON” pour faire cesser un comportement

Punition négative

un -
un retrait indésirable
une perte indésirable
exemple : retirer “je m’occupe de toi” pour faire cesser un comportement

En soit, la punition va détruire les fondements d’un comportement. Son but est de le faire totalement disparaitre, on peut déjà s’interroger sur cette idée là. Veut-on réellement qu’un comportement disparaisse de la palette possible des comportements du chien ? Je crois qu’autant que possible il est intéressant de ré-orienter le comportement. Un chien qui mordille une main, ce n’est pas agréable et l’on désire que le comportement cesse, mais désire-t-on supprimer l’exploration orale ? Ca n’a rien de nécessaire et ce n’est pas vraiment désirable. Il pourrait être plus intéressant d'amener le chien a mordiller autre chose que la main.

La punition qu’elle soit positive ou négative vient faire face à un comportement qui est entrain d’avoir lieu. Par l’anticipation, nous pouvons agir sans avoir recours à la punition. Par exemple, si l’on sait que son chien va aboyer, on peut attendre qu’il aboie pour punir le comportement ou le déconcentrer sur autre chose avant qu’il n’aboie et le féliciter pour renforcer le fait d’être calme et silencieux.

Je pense qu’il est envisageable de supprimer la notion de punition dans la grande majorité des situations. Seulement, la grande majorité ? Et bien, la punition négative est souvent utilisée sous la forme “ignorer son chien” (perte de l’attention) et dans l’absolu, ignorer son chien n’est pas une mauvaise chose en soit. Ça l’amène à être capable d’indépendance et à mieux vivre la solitude par exemple, mais dans ces cas, le fait de l’ignorer perd de sa valeur punitive, le retrait de l’attention n’a plus rien de grave aux yeux du chien. Nous ne sommes plus dans une recherche de perte de comportement, même si cela peut débuter de cette façon là.

Pourquoi réduire et éviter l’utilisation de la punition négative ? On ne rentre pas dans un conflit et il n’y a rien de violent visuellement à l’utiliser. On sait juste que si le chien réduit son mauvais comportement pour l’éviter, c’est qu’il ne l’apprécie pas. C’est sur ce point là que ma réflexion a été la plus difficile. A un petit niveau, la punition négative ne s’emploie que quelques minutes, le temps que le chien tente un nouveau comportement et là, nous basculons immédiatement dans du renforcement positif. Rien de très violent à priori. En éducation non-coercitive, on ne va généralement pas plus loin, mais en dehors de l’éducation courante, il y a la notion de relation entre l’Homme et le chien. Au sein de cette relation, on peut voir fleurir des tas de théories différentes, j’ai abordé ces théories et cette relation au chien dans un précédent dossier. L’une des théories avancées comprend l’idée que le chien ne doit pas initier le contact. Tout les contacts (caresses comme jeux) doivent être proposés par le propriétaire et celui-ci doit refuser que son chien en réclame. Le fait d’ignorer son chien devient donc une véritable notion dans ce type de relation et chaque tentative de contact est punie. Nous allons donc très loin dans les punitions négatives et à ce moment là, on peut s’interroger sérieusement sur leurs impacts. A petit niveau, je pense qu’ignorer un chien quelques minutes à relativement peu d’impact, surtout lorsque le chien comprend qu’il suffit de changer de comportement pour obtenir ce qu’il veut. A un plus grand niveau, je m’interroge très sérieusement sur l’idée d’une notion de maltraitance, je pense sincèrement que l’on ne devrait jamais refuser à un chien d’initier la totalité des contacts sociaux dont il a besoin. Un peu d’inattention ou une simple incompréhension des besoins de contact de son chien et nous provoquerions une véritable souffrance.

Mon problème, c’est que le manque de contact a l’air de provoquer une véritable souffrance émotionnelle, mais cela se passe dans la tête du chien. Même si nous partons dans les extrêmes et que nous prenons de véritables tortures mentales pour des êtres humains, il est difficile d’évaluer sur le papier le degré de souffrance ressentie. Par exemple, on appelle “torture blanche”, le fait d’isoler un être humain, de lui bander les yeux et de lui boucher les oreilles. Cela rentre dans les formes de torture. Ne parvenant pas à définir la souffrance mentale possiblement ressentie, chez un être humain, comment estimer le degré de souffrance ressentit par un chien ignoré par tout les êtres vivants autour de lui sur une période plus ou moins longue ? Je n’en sais rien et c’est parce que je n’en sais rien que je m’interroge d’autant plus sur le bien-fondé des punitions négatives et sur leurs durées. Les plus petites “doses” s’approchant toujours le plus de ce qu’il est éthique de faire subir à un animal.

J’ai noté plus haut que la quasi-totalité des punitions peuvent être supprimées par de l’anticipation et un peu de réflexion, mais si nous devons punir, quel punition est la plus adaptée à la fois en terme d’efficacité et de bien-traitance ? Punition positive ou punition négative ? Reprenons l’exemple concret, du chiot qui mordille. Nous décidons de ne pas anticiper, de ne pas réorienter son comportement mais de le punir. Soit.

En punition négative, nous allons ignorer le chiot (perte de l’attention humaine) jusqu’à ce qu’il propose un nouveau comportement.

En punition positif, nous allons ajouter une action désagréable que le chiot ne voudra pas voir se reproduire. Généralement, il s’agit de dire “non”.

En terme d’efficacité, lorsqu’on ignore correctement un chien cherchant notre attention, la punition est imparable : elle fonctionne. Lorsque l’on dit “non”, on communique, nous faisons donc le contraire d’une punition négative … Et souvent, cette communication n’est pas suffisamment désagréable pour agir comme une punition et devient un véritable renforcement du comportement, ce qui entraîne l’effet contraire à celui que l’on recherche.

C’est à ce moment là que les choses peuvent “déraper”. Le “non” se révélant inefficace, il peut gagner en puissance en étant dit plus durement, plus violemment ou en étant crier. Les chiens les plus sensibles auront alors peur et fuiront le contact. C’est un point assez important pour moi, car on voit alors que ce type de punition n’intègre pas réellement l’apprentissage d’un bon comportement (contrairement à la punition négative qui a tendance à basculer sur du renforcement positif au travers du gain de l’attention souhaité), mais surtout, nous rentrons dans une réponse de fuite et personnellement, je ne désire absolument pas provoquer la fuite d’un chiot ou d’un chien. Pour les chiens les moins sensibles, le “non” durcit ne provoquera pas la fuite, mais le chiot continuera à mordiller puisque son but (jouer, avoir de l’attention) continuera à être satisfait. La punition positive devra donc encore gagner en puissance, parmi les méthodes que j’ai pu voir utiliser, nous avons le coup de journal et le coup de cravache. Une nouvelle fois, nous risquons de provoquer la fuite voir l'autodéfense. Personnellement, je ne recherche ni l’un, ni l’autre, ce type de méthode ne parait donc pas adapté.

J'émets l’hypothèse que le fait d’être ignorer cessant face à un meilleur comportement, le chien peut prendre notre comportement comme des indices au sein d’un jeu éducatif. La punition négative perdrait donc de sa gravité du point de vue “indésirable”, mais pas de son efficacité à condition d’être utilisé avec du renforcement positif, qui complète et permet d’aborder la punition comme un jeu.


- Céline Ouzilou - Comportementaliste Canin - n° Siret : 52315098500027 -
située près de Rennes (35)