Ce que j’ai découvert cette semaine

Nous voici dans le nouvel article ‘de la semaine’ et je vais aborder un sujet un peu particulier qui est celui de la présence d’une hiérarchie entre deux espèces différentes. Ceux qui me connaissent ou qui m’ont lu savent que je fais partie des personnes qui ne croient pas à l’existence d’une hiérarchie entre deux espèces et ça tombe plutôt bien puisqu’en plus des différents arguments permettant d’expliquer aisément cette absence de hiérarchie, aucune publication scientifique (à ma connaissance) ne montrait de hiérarchies sociales entre deux espèces. Chouette alors. Mais je suis curieuse et je n’hésite pas à lire des articles allant totalement à l’encontre de mes idées afin de les confronter ou de m’amener à observer les choses sous un autre angle. Je suis ainsi tombée sur une publication de Caniscool (centre de formations) commentant un texte que j’avais déjà lu et abordant plusieurs points : le chien ne descend pas du loup ou encore il y a pas de hiérarchie entre deux espèces … et les commentaires indiquent le contraire avec des citations. Une hiérarchie entre deux espèces ? Dont parle un scientifique ? Nous sommes partis pour une jolie recherche !


15/03/2012 : Hiérarchie biologique de Hediger ?

Sur l’article que j’ai découvert cette semaine, nous pouvons lire : “² La hiérarchie de dominance entre l’homme et le chien n’existe donc pas.
² - Faux cette assertion n'est pas recevable dans la mesure où elle va à l'encontre de la définition de la hiérarchie décrite dans le dictionnaire de l'éthologie de Klauss Immelmann - Hiérarchie : […] il s'établit quelquefois aussi une sorte de hiérarchie entre individus d'espèces différentes […]HEDIGER a donné à cet étagement l'appellation « hiérarchie biologique».”

Bien, je suis peut-être pointilleuse ou simplement terriblement curieuse mais la présence de : [...] me pousse à rechercher l’extrait complet désignant une hiérarchie entre deux espèces. Puisque l’on nous parle d’une “sorte de hiérarchie”, j’aimerai en savoir plus. Notre source sera le “Dictionnaire de l’éthologie” de Klauss Immelmann :
“Chez les espèces qui vivent dans un même milieu (-> sympatrie) et dépendent des mêmes ressources naturelles, il s’établie parfois une sorte de hiérarchie entre individus d’espèces différentes ; elle s’exprime entre autres dans l’ordre d’accès - qui résultent parfois d’affrontements - de chacune des espèces à un abreuvoir ou à une source de nourriture convoitée (par exemple un cadavre chez les charognards). Hediger a donné à cet étagement l'appellation “hiérarchie biologique”.
Hediger (1941)”

Ma première surprise est que si une “sorte de hiérarchie” semble possible d’après Hediger entre deux espèces différentes, cela répond néanmoins à plusieurs conditions. Il faut que les espèces vivent dans un même milieu et dépendent des mêmes ressources naturelles. Mes chiens ont des gamelles d’eau, quant à moi, je bois davantage dans un verre. Il n’y a jamais eut besoin de définir un ordre de passage à la gamelle d’eau ou à mon verre. Pour ce qui est de la nourriture, ils mangent des croquettes et moi, … j’ai un régime alimentaire tout à fait différent.

En grattant à peine cet extrait complet, je comprend totalement cet ordre de passage autour d’une charogne, autour d’un point d’eau … Je comprend que telles espèces de vautours apprennent à céder le passage pour éviter des ennuis avec tel autre espèces de vautours, je comprend qu’on puisse parler d’une “sorte de hiérarchie” mais pas que cela permette de conclure à une hiérarchie possible entre l’Homme et le chien, mais allons plus loin.

Qu’est-ce qu’une hiérarchie ? Une hiérarchie est un classement où “chaque élément est supérieur au suivant”. Cela peut s’appliquer à une espèce, on peut parler de hiérarchie sociale. Un exemple de hiérarchie sociale ? Le roi, les nobles, le peuple, les esclaves. En l'occurrence, il s’agit de la hiérarchie sociale de la civilisation mésopotamienne.

Pour classer les espèces nous avons la hiérarchie du vivant. Il ne s’agit au final que d’une organisation permettant aux observateurs humains de classer les choses ou les individus. Mais au sein d’un groupe d’individu, nous parlons de “hiérarchie social” et Hediger nous parle de “hiérarchie biologique”. Malgré mes recherches je ne parviens pas à trouver d’autres scientifiques parlant de cela, donc je poursuis mes recherches en me demandant : qui est Hediger ?

Heini Hediger (1908 - 1992) est un biologiste qui fut le directeur de plusieurs zoos. Il faut savoir qu’il a fait la plupart de ses observations dans des zoos (ainsi que dans des cirques) et donc face à des animaux en captivité qui peuvent présenter des troubles du comportement. Néanmoins Hediger a fait un travail très intéressant sur l’assimilation ou sur les distances de fuite, mais si son nom est cité pour ces travaux là assez régulièrement, il est beaucoup plus dur de retrouver une trace de la “hiérarchie biologique”.

Il est important d’avoir en tête que l’éthologie a connu beaucoup d’évolution ces dernières années. La façon d’observer les animaux évoluent. D’ailleurs, en partant sur cette idée, l’extrait du dictionnaire de l’éthologie où il est question de la hiérarchie biologique me fait penser à de la concurrence entre deux espèces. On va continuer les recherches sur cette idée là. Y’a-t-il des travaux plus récents sur la concurrence entre deux espèces, sur la gestion des ressources entre différentes espèces ou sur le lien entre la hiérarchie sociale et l’environnement ?

Un premier document sur la biodiversité attire mon attention. Il explique qu’au sein d’un écosystème, les différentes espèces cohabitent et peuvent entretenir différentes interactions dont les plus fréquentes sont compétition, prédation, mutualisme, herbivorie et le parasitisme.

A priori, seule la notion de compétition nous intéresse dans cette idée de hiérarchie inter-spécifique décrite par Hediger. La compétition arrive lorsque plusieurs groupes ont besoin des mêmes ressources (charogne, point d’eau, …) qui sont limités ou que leur utilisation des ressources soient nuisibles pour l’autre groupe. Cette compétition interspécifique est également intimement lié à la niche écologique (la “profession” de l’espèce). Autour d’une charogne, seul des charognards seront en compétition. La niche écologique peut être plus ou moins difficile à cerner. Si la niche est strictement similaire, la sélection naturelle risque de favoriser la plus adaptée des espèces et donc d’entrainer la disparition de l’autre espèce ou une évolution de celle-ci.

exemple de possible compétition interspécifique si les ressources sont limités :
la cistude d’Europe (Emys orbicularis) et la tortue de Floride (Trachemys scripta) : pour les zones de “bains de soleil”
l’aigle de Bonelli (Aquila fasciata) et le faucon pélerin (Falco peregrinus) : pour la nourriture
le Macareux moine (Fratercula arctica) et le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus) : site de nidification

Une première chose attire mon attention, l’évolution d’une compétition entre deux espèces différentes ne semblent généralement pas aller vers un équilibre mais vers l’évolution d’une espèce (changement de niche écologique), son départ (changement de lieu) ou sa disparition (sélection naturelle). Une coexistence stable incluant de la compétition semble possible lorsque la compétition interspécifique est moins importante que la compétition intraspecifique. Mais au milieu de tout cela, je ne parviens pas à trouver l’ombre d’une hiérarchie possible entre l’Homme et le chien, ni même une compétition inter-spécifique qui pourrait rejoindre le modèle de hiérarchie biologique proposé par Hediger.

La relation Homme-chien a durant longtemps était vu suivant le modèle erroné de hiérarchie intraspécifique chez le loup. Ce modèle linéaire peut s’écrire de cette façon : alpha (chef), bêta (sous-chef), lambda (les autres, qui pouvait parfois présenter des hiérarchies triangulaires), oméga (souffre-douleur). Actuellement, on s'aperçoit que l’organisation sociale du loup est assez éloigner de ce modèle.

Appliqué à la relation Homme-chien, il convenait de devenir l’Alpha de son chien. J’ai parfois l’impression que c’est un modèle rassurant pour l’Homme qui sait où trouver sa place et qui par l’autorité entend résoudre les possibles problèmes de relation. Supprimer le modèle de hiérarchie Homme-chien peut alors faire peur. On lit facilement que si le chien n’est pas soumis à l’Homme, il va l’agresser, devenir incontrôlable, désobéissant ou même stressé… Si l’Homme n’est pas l’Alpha et le chien n’est pas le soumis, comment ça se passe ? Il y a actuellement plusieurs théories sur cette relation interspécifique. L’une d’entre-elle est le leadership qui a été démontré dans des déplacements interspecifiques. L’autre hypothèse est la balance des interactions positives et négatives. Ces deux hypothèses mériteraient des articles à elles toutes seules, exactement comme l’organisation sociale du loup, celle des chiens ferraux, celle des canidés d’une façon plus globale, les règles de la hiérarchie qui était alors utilisé, leurs utilités et leurs défauts … Mais cet article “de la semaine” ne prendra pas une telle ampleur, j’écrirai sans doute prochaines d’autres papiers sur ces sujets qui me tiennent à coeur.


Les liens :

Caniscool : théorie de la dominance
L’article précédent est commenté par caniscool, voici l’article original sur : le site d’Adcanes
Alloprof : Hiérarchie sociale en mésopotamie
Biodiversité Poitou-Charentes : Relation entre les espèces
Biodiversité Poitou-Charentes : Niche écologique
Conservation-nature : Interaction interspécifique
Article La relation Homme-chien : nouvelles hypothèses de Emmanuelle titeux, Franck Péron, Caroline gilbert
Aigle de Bonelli - compétition interspécifique
Inventaire National du Patrimoine Naturel : Côte de Granit Rose-Sept Iles
Thèse : Compétition interspécifique et capacités invasives
- Céline Ouzilou - Comportementaliste Canin - n° Siret : 52315098500027 -
située près de Rennes (35)