Ce que j’ai découvert cette semaine

Comme souvent, des affirmations que je croise sur le net me donnent envie de me pencher sur un point particulier. L’affirmation du jour qui me pousse à faire cet article : le chien est un animal grégaire. A tord ou à raison, ce sujet me fait particulièrement “bondir”. Si vous avez lu ma présentation sur le site, vous avez pu noter qu’avant de m’intéresser au comportement canin, je me suis passionnée pour d’autres espèces et notamment pour le rat. J’ai toujours lu que le rat est un animal grégaire et cela entraîne un certain nombre de “contraintes”, dont le fait qu’il vive très mal la solitude. Il vit tellement mal la solitude, que des troubles du comportement peuvent être observés, allant de la “simple” apathie au fait de cesser totalement de s’alimenter et ce jusqu’au décès. Le chien … le chien est social, il aime souvent les compagnies des autres, mais en dehors de quelques races très précises, je n’ai jamais vu de recommandation particulière pour éviter l’adoption d’un seul chien. Est-ce qu’on peut affirmer que le chien est grégaire ? Et surtout, qu’est-ce que c’est exactement “grégaire” ?


29/03/2012 : Le chien, animal grégaire

On va partir de cette affirmation, trouvable dans plusieurs sites : “Le chien est un animal grégaire” [1][2]. Première constatation, il semble qu’il y ait un lien de fait entre “grégaire” -> “meute” -> “hiérarchie”. Alors qu’il s’agit de trois notions relativement différentes.

Mais s’il est facile d’affirmer qu’un animal est grégaire, je ne connais pas exactement les définitions qui s’y rattachent. Un premier coup d’oeil sur les niveaux de sociabilité établis par Edward O. Wilson en 1971 [3] me fait dire qu’il y a de quoi fouiller. D’abord dans sa définition puis peut-être dans des travaux plus récents.

Dans un tableau des comportements [4], je découvre les définitions suivantes :
- l’animal solitaire n’a pas d’interaction.
- l’animal grégaire interagit.
- l’animal subsocial interagit et a des comportements parentaux.
- l’animal colonial interagit, a des comportements parentaux et des sites d’élevage en commun.
- l’animal communal interagit, a des comportements parentaux, des sites d’élevage en commun et coopère dans le soin des jeunes.
- l’animal eusocial primitif interagit, a des comportements parentaux, des sites d’élevage en commun, coopère dans le soin des jeunes et présente un élevage communautaire des jeunes / une spécialisation des tâches.
- l’animal eusocial évolué interagit, a des comportements parentaux, des sites d’élevages en commun, coopère dans le soin des jeunes, présente un élevage communautaire des jeunes / une spécialisation des tâches, a des individus spécialisés dans la reproduction.

Il semblerait que l’eusocialité a été rarement observée chez les vertébrés. Le rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) et le rat-taupe de Damara (Cryptomys damarensis) seraient les deux seules espèces de mammifères eusociales. [5][6]

Et le chien dans tout ça ? Dans les exemples d’espèces nous retrouvons beaucoup d’insectes. J’ai découvert que les blattes étaient grégaires, mais personnellement, ça n’aide pas tellement à ma réflexion. Mais en faisant cette recherche, je tombe sur un tableau [7] qui me montre qu’entre ces catégories, on peut observer des nuances. Classifier une espèce semble d’autant moins évident.

J’en retourne presque au hasard des recherches au rat (rattus norvegicus). On pourrait noter qu’il y a au moins trois possibilités différentes pour observer des rats : rat sauvage (rattus norvegicus), rat domestique (rattus norvegicus), rat de laboratoire (rattus norvegicus). Par la sélection et l’environnement on peut obtenir des comportements différents (ex. : le rat sauvage est méfiant envers un nouvel aliment, le rat domestique n’est pas méfiant ou moins méfiant envers un nouvel aliment. Ce qui provoque une différence de comportement, les rats domestiques testent le nouvel aliment ensemble alors que les rats sauvages attendent de voir la réaction des autres et mangent plus facilement une fois l’aliment ingéré devant eux sans conséquence néfaste pour le “goûteur”). Je ne sais pas à quel point ces différences comportementales peuvent être importantes sur la société animale. Néanmoins j’ai trouvé un document sur le grégarisme chez le rat de laboratoire [8]. Ce document m’amène à réfléchir à deux points différents. Le premier, la tendance au contact physique des animaux grégaires.



Chez le rat domestique, on peut voir une tendance très nette à se regrouper et à se blottir les uns contre les autres, notamment pour le repos, et ce quelque soit la taille de la cage ou de la pièce où ils évoluent.

Le second point est l’idée que tous les animaux pouvant vivre en groupe sont grégaires. Mais ils ne sont peut-être pas uniquement grégaires… Donc en partant de là, rats comme chiens peuvent vivre en groupe et sont donc grégaires.

Petite parenthèse, nous retrouvons les travaux de Hediger que nous avons abordés dans l’un des précédents papiers de la semaine. Il a en effet travaillé les tendances de groupements et de contacts et à nommer le phénomène : “la réaction de contact”. Fin de la parenthèse.

Bon, les chiens sont grégaires. Je reste perplexe, mais suivant la définition la plus large, c’est un fait. Mais quel différence y a-t-il avec les rats pour qu’un chien supporte la solitude contrairement à un rat ? A moins, que le chien ne supporte pas davantage l’isolement ? Les chiens pourraient-ils trouver les contacts sociaux minimum au travers des ballades ? Je ne vais pas aborder la question des rats ou des chiens associaux, car c’est une question qui nous entraînerait vers le développement comportemental, les acquisitions des codes sociaux, les maladies, les comportements acquis, … L’idée est vraiment de partir d’un individu “sain de corps et d’esprit”.

Je dévie donc mes recherches sur l’idée de supporter la solitude, que je rattachais jusqu’alors au mot “grégaire”. Dès le début de ces recherches, je peux voir que c’est une problématique abordée surtout chez les espèces domestiques, ce qui est somme toute logique. Je vais tenter de me restreindre à quelques espèces afin d’éviter de partir dans tout les sens. Comme nous parlions de rats et que c’est une espèce que je connais relativement bien, je vais la garder comme “sujet d’étude”. Une troisième espèce domestique pourrait être intéressante, je pense aborder les chevaux, même si j’avoue que les perroquets ainsi que d’autres oiseaux pourraient être tout à fait passionnants.

Donc, l’effet de l’isolement chez le rat provoque un stress affectant le bien-être ainsi que d’autre effets sur le comportement alimentaire et sur l’activité. [9] Il est important de rappeler que le stress peut avoir un effet néfaste sur la santé. [10] L’isolement du cheval à présent … Le cheval est une espèce qui a l’état naturel vit en troupeau. De part son utilisation, il est tout à fait possible de rencontre des chevaux totalement isolés de leurs congénères (ne pouvant ni les voir, ni les entendre, ni les toucher, …) ou partiellement isolés (en box par exemple). On peut trouver des sujets sur l’apathie, les stéréotypies,le stress, la dépression [11] suite à cet isolement social.

Deux espèces, deux espèces qui vivent mal la solitude. Venons-en au chien à présent, mais avant je vais quand même vous mettre un petit lien : [12], sur l’isolement social chez le perroquet. Ce n’est qu’un exemple, mais il permet de voir que chez des espèces très différentes, nous pouvons retrouver des problématiques similaires.

Alors, le chien, pour de vrai ce coup-ci. Quand on commence les recherches sur l’isolement social et le chien, on tombe rapidement sur des articles concernant l’isolement social des personnes âgées, puis l’isolement social vis-à-vie de l’humain pour ma part je tend à faire la distinction entre l’isolement d’un chien par rapport aux humains et l’isolement d’un chien par rapport à ses congénères. Je ne m’intéresserais aujourd’hui qu’à ce dernier cas.

Nous pouvons trouver des sources parlant d’une souffrance morale pour le chien isolé [13] néanmoins la recherche est beaucoup plus difficile que pour le cheval ou le rat. Peut-être est-ce dû au fait que l’on a tendance à conscidérer l’Homme comme un véritable contact social pour le chien ? Néanmoins l’Homme ne parle pas chien, ne sent pas chien, n’envoie pas des signaux chimiques de chien, … Ce contact social de “substitution” ne peut pas totalement remplacer d’autres chiens.

Une autre source parle de plaie de léchage, de dépression, d’apathie, de stéréotypie … lorsqu’un chien est isolé. [14] Des articles, des thèses, sur le bien-être animal en élevage peuvent néanmoins nous en apprendre plus. En cas d’isolement stricte, le stress, les stéréotypies, les vocalises, la coprophagie, les plaies de léchage, l’agitation, de l’irritabilité, des tremblements sont observés. [15] Avoir des contacts sociaux positifs améliorent l’état émotionnel des chiens.



Pour conclure, les rats et les chiens sont grégaires. Ne pouvant offrir des contacts sociaux avec des rats de passage, puisque cette espèce nécessite quarantaine et intégration, il est très important de ne pas adopter un rat seul pour son bien-être. Pour le chien, ses contraintes sont moindres, mais il a besoin de véritables contacts avec d’autres chiens. Et surtout, ne les isolons pas !


Les liens :

[1] Le chien un animal de meute
[2] Ty An Diaouligou - éducation du chien
[3] Futura Nature - Grégarisme
[4] Enjeux sociaux et écologiques de la biologie (page 2 & 3)
[5] Wikipédia - Evolution de la socialité
[6] Naturellement science - Un mammifère eusocial : le rat taupe nu
[7] Thèse : Phylogénie Et Evolution Du Comportement Social Chez Les Blattes Et Les Termites (page 22)
[8] Colloque CNRS - Le grégarisme de contact du rat d'élevage
[9] Thèse : bases éthologiques et problèmes comportementaux des principaux nacs (lapin, cochon d’inde, furet, rat)
[10] Commentçamarche.net - La solitude pourrait favoriser l'apparition de tumeurs
[11] CNRS - Le cheval, un nouveau modèle de dépression ?
[12] Paroles de plume - Le perroquet et l'isolement social
[13] Qu’il est dur de voir son chien vieillir ! Page 252
[14] Communicanis - Enfermés, isolés et sans activité : quelle vie pour nos animaux familiers ?
[15] Thèse : existe-t-il une conception d'elevage canin répondant au compromis entre spécificités comportementales, contraintes sanitaires et nécessite économique ?
- Céline Ouzilou - Comportementaliste Canin - n° Siret : 52315098500027 -
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