Ce que j’ai découvert cette semaine

Nouvelle semaine, nouvel article. J’hésite entre deux sujets sur lesquels je voudrais me pencher. Le premier est l’anthropomorphisme, le second est la prévention morsure. Je peux parler des deux en parlant de l’anthropomorphisme, mais je sais également que c’est un sujet beaucoup plus complexe que ce que l’on pourrait croire et que je risque de m’y casser les dents. Donc l’anthropomorphisme. J’espère sincèrement que je ne perdrai personne en route.


17/03/2012 : Anthropomorphisme

On ne va pas toucher aux divinités, aux objets, à la bande-dessinée ou aux divers romans et autres oeuvres qui pourraient entrer sous le mot “anthropomorphisme”. On va se limiter au comportement des animaux et à la tendance d’attribuer aux animaux des sentiments, des comportements, humains. Nous effleurerons peut-être un autre sujet qui est le zoomorphisme.

Il y a quelques mois, j’ai fait une première recherche sur l’anthropomorphisme dans le but d’écrire un petit article. Après quelques jours de lectures, j’ai compris que je n’étais absolument pas capable de traiter ce sujet, l’article “ce que j’ai découvert cette semaine” me laisse assez de liberté pour que je puisse dire : je ne sais pas et pour que je puisse ouvrir simplement des pistes de réflexion.

Sur le papier et dans ses définitions cette notion est incroyablement simple à appréhender. Attribuer à un animal un comportement humain, une émotion humaine. Simpliste non ? Personnellement, je trouve ça incroyablement facile. Si je devais écrire un roman anthropomorphique, je pourrais simplement noter : “Fenris, le jeune chien un peu foufou, n’aimait pas aller à l’école et il aimait encore moins lorsque son père lui rappelait que c’était important pour avoir un bon métier quand il serait grand.”

Un chien qui étudie, qui n’aime pas ça, qui va devoir choisir des études, travailler … Nous sommes clairement dans la fiction et il n’est pas rare de voir des livres (notamment pour enfants) où les personnages sont des animaux se comportant comme des Hommes.

Néanmoins, là où cela risque de devenir un peu plus compliqué c’est dans le regard que l’on porte sur nos chiens. Si je cherche des exemples de regard anthropomorphique, je vais très vite me heurter à l’évolution de la science, de l’éthologie, …

Prenons un exemple, il y a un certains temps avant que vous ou moi ne soyons né, René Descartes avait émit l’hypothèse de l’Animal-machine. L’animal serait dénué de conscience, de pensée, d’émotion. Aujourd’hui encore, on peut trouver des personnes adhérant à cette hypothèse. Du point de vue de cette hypothèse dire : “mon chien a peur” ou même “mon chien n’aime pas mon voisin” est anthropomorphique. Suivant d’autres courants dire qu’un chien a tel ou tel sentiment est tout à fait normal et tel ou tel autre sentiment tout à fait anthropomorphique. Donc l’anthropomorphisme dépend déjà de la science, mais la science et surtout en matière de comportement animal évolue. Les perceptions, les observations continuent d’avoir lieu.

Si notre connaissance des animaux est en perpétuelle progression, l’anthropomorphisme ne peut pas être figé. Je ne peux pas déclarer que tel ou tel vision d’un comportement canin est anthropomorphique sans avoir un risque de me tromper. Donc je ne peux pas réellement vous donnez d’exemple sans me heurter à un “oui, mais …”. Tentons l’expérience. Je vais tenter de chercher des exemples d’anthropomorphismes possible et des preuves que ce n’est pas toujours de l’anthropomorphisme …

“Un chien qui montre les dents n’est pas entrain de sourire.” Oui, je pourrais le dire à des enfants dans une prévention morsure, car les jeunes enfants identifient “montrer les dents” à “sourire”, mais si cette phrase est généralement vrai, le mimétisme fait que des chiens peuvent apprendre à sourire. C’est particulièrement déstabilisant, mais ça arrive. Donc imaginer un chien sourire, ce n’est pas forcément lui donner un comportement d’humain.

“La jalousie chez le chien n’existe pas.” La jalousie … Si vous lisez certains articles (je vais en mettre quelques uns -de tout bord- dans les liens en bas de page) sur l’anthropomorphisme, vous verrez que certains font une différence entre les sentiments (amour, jalousie, vengeance, culpabilité, …) et les émotions (dégoût, plaisir, peur …) et affirment que les chiens peuvent ressentir les émotions mais pas les sentiments. Donc le chien ne serait pas jaloux. Des études arrivent de plus en plus nombreuses et indiquent que le chien ressent la jalousie (sous une forme simple) et l’injustice. La jalousie chez le chien existe alors ? Peut-être bien. Oui.

C’était deux petits exemples … mais on va essayer de voir l'anthropomorphisme sous un autre jour. Quel sont les risques et les avantages de faire de l’anthropomorphisme ?

Commençons avec les risques … Le comportement canin n’est pas toujours évident à comprendre, en voulant y appliquer une pensée purement humaine, on oublie de le regarder réellement et on ne réagit pas toujours comme il le faudrait.

Prenons un exemple : un chien seul détruit, la personne rentre, voit les dégâts et identifie rapidement le comportement du chien : il semble éprouver de la culpabilité, donc il a conscience que ce qu’il fait est mal, donc il n’a pas besoin d’apprendre quel comportement il doit adopter.

Seulement, les signaux qu’envoient le chien sont destinés à calmer le propriétaire afin d’éviter une confrontation. Ils n’indiquent pas de façon sûr qu’une bêtise a été effectué, statistiquement, il semblerait que les chiens qui ne sont pas coupables montrent autant de “culpabilité” que les autres. Mais quelques part, peu importe cette notion de culpabilité, peu importe qu’il sache qu’il a mal fait ou non. Si le chien a agit de cette façon c’est qu’il avait un intérêt à le faire ou qu’il n’avait pas d’autres choix. En partant de cette idée, on peut tout à fait commencer à chercher les causes du comportement et les façons de le résoudre.

L’anthropomorphisme, les idées reçues ou même simplement les “avis rapides” ne devraient pas nous dispenser de l’observation et de la réflexion. Observer pour mieux comprendre à toujours un intérêt. Dans le cas de destruction, au lieu de rester avec un goût amer parce que : “en plus, il sait que c’est mal !”, en observant les types de destructions et en proposant d’autres activités (de la dispersion de croquettes aux jouets fourrés en passant par les balles qui rebondissent …), en observant les durées d’absences et les périodes de destruction pour apprendre au chien à gérer une absence longue progressivement, … on a davantage de chance de régler le problème.

Les risques de l’anthropomorphisme, c’est de voir le chien très différemment de ce qu’il est, de nier certains de ses besoins ou de lui en inventer d’autres et possiblement de détériorer la relation Homme-chien. Cependant, à vouloir éviter tout anthropomorphisme, on peut tomber dans d’autres pièges. Rappelons que si le chien n’est pas un humain, il n’est pas non plus un loup gris …

L’anthropomorphisme a également des avantages tel que l’empathie des humains envers les animaux ou une meilleure compréhension d’un comportement.

Je vais prendre un exemple que je trouve assez parlant qui est celui du renforcement positif. On dit qu’il faut commencer par donner systématiquement des friandises lors de l’apprentissage, jusqu’à ce qu’il soit “parfait”. Puis, une fois l’apprentissage acquis, il faut continuer de le renforcer et là, on se retrouve à donner des friandises non plus systématiquement mais aléatoirement. Pourquoi le chien obéit s’il n’a pas forcément sa friandise ? Une fois de temps en temps, comment cela peut-il suffire ? Et en quoi cela fixe davantage le comportement que des friandises en permanence ? Expliquer ce que l’on pense qu’il se passe dans la tête du chien pour arriver à ce résultat, ce n’est pas forcément évident. Ce n’est absolument pas mnémotechnique. Bref, c’est compliqué.

Maintenant si je prend l’exemple d’un enfant, qui un jour trouve une pièce dans les machines qui distribuent les bonbons. Il tourne le mécanisme et parfois les bonbons tombent. Ou il soulève la trappe et parfois, il reste ‘quelques choses’. Oh joie ! Et les enfants vont tester la totalité des machines, très joyeusement. Il n’y a absolument pas besoin qu’il y ait une friandise à chaque fois, en faites, si c’était le cas, il n’y aurait plus de suspens, ce serait moins drôle et surtout, ça pourrait devenir lassant à force. Mais s’il n’y a jamais, jamais, jamais de friandises ou de ‘quelques choses’, ce ne sera pas très intéressant non plus. Le côté aléatoire de la récompense entretient le comportement.

Pour nos très cher geek et autres mordus de jeux, je pourrais parler des objets et des murs invisibles dans les jeux qui provoquent une recherche plus ou moins assidues. Un objet de temps en temps, un mur caché, et nous sommes capable d’appuyer sur “A” ou de passer chaque zone au radar, minutieusement : “au cas où”. Mais pour que cela fonctionne, il faut bien entendu avoir compris comment on a découvert le premier objet, le premier mur, la première friandise, la première pièce dans la machine. Pour ça, il faut pouvoir faire des tests pour comprendre : d’où l’idée de commencer avec des friandises systématiques tant que le chien n’a pas réellement compris ce qui provoque la récompense.

Les exemples anthropomorphiques (on se doute bien que le chien ne va pas jouer au jeu vidéo) peuvent permettre une meilleure compréhension du chien à terme. Mais ils doivent être manier avec une certaine prudence, afin de ne pas tomber dans l’effet “piège”.

En tout début de sujet, j’ai parlé d’un autre concept qui est le zoomorphisme. Le terme n’est peut-être pas tout à fait exacte, mais je vais essayer de vous expliquer cela de mon mieux. Nous avons tendance à appliquer le schéma “Homme” au chien car nous le connaissons. De la même façon, les chiens ont tendances à appliquer le schéma de leur espèce aux humains. C’est pourquoi nous pouvons nous faire comprendre en utilisant des signaux d’apaisement et nous pouvons involontairement provoquer des problèmes de relation en utilisant certains de ces signaux à mauvais escients.

Je vais essayer de trouver un exemple ou deux. Si je me penche en avant sur un chien, j’adopte une posture relativement agressive qui va provoquer la fuite ou des signaux visant à calmer les choses et bien souvent, je n’obtiendrais pas ce que je veux. Par exemple, si je me penche en avant pour rappeler mon chien les derniers mètres risquent d’être un peu compliqué.

Un autre exemple, si je suis couchée, totalement détendue, dans une position inoffensive, les chiens les plus peureux pourront s’approcher (à leur rythme) de moi alors que debout, dans une position relativement neutre, je n’obtiendrais pas un résultat aussi flagrant et que pencher en avant ou en les regardant, je pourrais obtenir de la fuite.

Pour moi, la question de l’anthropomorphisme est quasiment une question secondaire. Toute conclusion, toute réflexion devrait se baser à partir de ce que l’on observe, du respect de l’animal mais également à partir d’un principe de prudence. Voilà, je viens de terminer cet article en quelques heures, ce qui est une grande première dans les articles de la semaine. Il faut dire que c’est un sujet que j’avais pas mal titillé avant, que j’ai voulu reprendre en visionnant une vidéo sur le sourire du chien et j’espère que cela aura été intéressant.

A bientôt !


Les liens :

Wikipedia : Animal-machine
Nouvel Observateur : Les chiens ressentent la jalousie et l'injustice
Adcanes : La culpabilité chez le chien
Les Bichons Bolonais et les Bichons Havanais de la Vallée du Rêve : L'anthropomorphisme
Cannihappy : Anthropomorphisme
3 pilliers : Le piège de l'anthropomorphisme
Zen mon chien : Se méfier de l'anthropomorphisme
- Céline Ouzilou - Comportementaliste Canin - n° Siret : 52315098500027 -
située près de Rennes (35)